Le Grand Tour

Le Polder: un bar de et pour les citoyens de Hellemmes

Un lieu convivial, où l’on se sent chez soi, pour manger un bout ou boire un verre. Un espace citoyen et solidaire. Telle était l’ambition de Maxime Giusti et Didier Le Pallac en fondant Le Polder. Depuis, le café citoyen et solidaire est une réussite. Rencontre.

Entre Lille et Villeneuve-d’Ascq se situe Hellemes. Des frontières floues communes entre quartiers résidentiels ainsi qu’un site SNCF de quelques hectares dans le sud de la commune. Celle-ci est desservie par deux haltes de métro et une grosse artère divisant les quartiers. C’est là, rue Roger Salengro que se trouve Le Polder, ‘le café des initiatives citoyennes et solidaires’. Il est midi pile quand je m’y rends. Quelques tables occupées. Les clients dégustent le menu du jour: pilon de poulet épicé, crumble de légumes aux pommes de terre bleue ou taboulé d’houmous. Je me laisse tenter par le crumble. Cela s’avère être un très bon choix.

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Un an de préparation

‘Le restaurant est un de nos moyens, pas notre objectif’ nous confie Maxime Giusti après le service. « C’est un moyen d’acquérir des revenus, des moyens qui nous permettent de travailler de manière autonome. » Depuis plus de trois ans, la coopérative Le Polder est actif dans un domaine qui, selon le collectif, est en transition. Tout comme ailleurs dans la région de Lille, la ville est déchirée, il y a un afflux de résidents et le commerce local doit concurrencer davantage les hypermarchés. « Nous sommes nombreux à avoir construit avons construit Le Polder. À ses débuts, les initiateurs du projet étaient chaque semaine, pendant 6 mois, sur le marché voisin, pour demander aux habitants du quartier ce qu’ils attendaient d’un café citoyen, et leur demander s’ils souhaitaient devenir coopérateurs.  »

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Rencontres

Ce travail résulte en une base solide de coopérateurs hellemmois qui trouvent une place au Polder où ils peuvent se retrouver et développer des initiatives. « Le restaurant est notre moyen, mais les nombreuses soirées, les réunions et les rencontres, c’est notre vraie finalité. Les gens construisent eux-mêmes le calendrier. D’une fête, d’une réunion d’association à la projection d’un documentaire suivi d’un débat.  »
Le dialogue est au cœur des «soirées» du Polder. « Nous n’aimons pas le mot «conférence» car ce mot suggère un trafic à sens unique. Nous préférons utiliser le mot » rencontre « parce que nous visons l’interaction. Tout le monde sait quelque chose, tout le monde peut faire quelque chose.  »

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Il est l’heure du café. Un jazz joyeux résonne, des clients discutent. Dans un coin, un homme lit tranquillement un livre. Il est coopérateur et habite non loin du café. “Je vis à une rue d’ici. J’ai aidé à mettre en place Le Polder. Que de bons souvenirs. L’un apportait du matériel, un autre apportait du temps ou de l’expérience et d’autres encore apportaient des fonds. Nous fonctionnons telle une maison de quartier, sauf que nous ne dépendons de personne. J’ai rencontré des gens ici que je n’aurais jamais connus autrement.  »

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« Les initiatives citoyennes sont la solution pour le futur »

C’est lors de leur master en développement local et économie solidaire à l’Université de Valenciennes que Maxime et Didier ont décidé de monter ce projet de mise en pratique de la théorie et la création du Polder. « Ce nom fait en effet référence au mot néerlandais polder. L’idée est que vous devez être avec un collectif pour faire un polder. Les initiatives citoyennes sont la solution pour l’avenir.  »
Les trois dernières années ont été parfois mouvementées, mais chaleureuses et instructives, dit Maxime. « Je pense qu’il est important que ce que nous faisons, soit autonome. C’est la différence avec une situation dans laquelle vous êtes fortement subventionné, cela finit par entraîner une dépendance. En vous fournissant vos ressources, vous pouvez déterminer de manière autonome la direction à suivre en tant que groupe. Ici, dans Le Polder, nous travaillons avec la formule d’une société coopérative d’intérêt collectif, une forme juridique dans laquelle les ressources restent dans le collectif. Chaque coopérateur a une voix.  »

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Le Polder n’est pas unique. Il existe des initiatives similaires dans la région de Lille-Roubaix, y compris à Tournai. Y a-t-il échanges entre les cafés? « Nous arrivons difficilement à voir nos voisins de proximité régulièrement. Non, la frontière, nous ne l’avons pas encore traversée. Mais cela m’intéresserait vraiment de rencontrer des collègues », explique Maxime.
Avant de quitter Maxime et Le Polder, j’aimerais connaître son rêve. « Pérennisation du Polder, soutenant le quartier. Nous avons également commencé avec « La courte Echelle », ici un peu plus loin. Une épicerie associative et un magasin de test pour les personnes souhaitant entreprendre sur la ville d’Hellemmes en vue de la création d’entreprises locales. Oui, il y a encore beaucoup à faire.  »

Bart Noels