Le Grand Tour

Jean Pattou : l’Eurométropole en un clin d’œil

Lille : un samedi ensoleillé, jour de marche pour le climat. Dans la rue, acheteurs et badauds n’ont d’autre choix que d’entendre le tableau pessimiste dressé par les participants concernant l’avenir de notre planète. Sauf si, comme moi, vous avez la possibilité de rendre visite à l’artiste Jean Pattou. Le contraste ne peut guère être plus frappant. En pénétrant dans l’atelier, on est accueilli par la vision du monde agréablement attachante et positive de Jean Pattou, un Eurométropolitain dans l’âme.

Si le mot « eurométropolitain » peut être difficile à prononcer, cette citoyenneté transfrontalière est d’un naturel désarmant et surtout très évident pour l’architecte et artiste Jean Pattou. Sa famille du côté de sa mère provenait de la région de Mons, alors que ses ancêtres paternels étaient des « Flamands français ». Même s’il ne parle pas un traître mot de néerlandais – comme il le concède à plusieurs reprises –, il se sent vraiment chez lui en Belgique, que ce soit en Wallonie ou en Flandre.

L’ambassadeur idéal donc pour une exposition sur « l’ambiance » dans nos villes de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Jusqu’à la fin du mois d’octobre, il est déjà possible d’admirer plusieurs de ses œuvres eurométropolitaines au 20 rue de la Monnaie, à Lille. Au printemps, Jean Pattou prendra ses quartiers à Courtrai, avant de conclure l’exposition à Tournai, en novembre 2019. D’ici la fin de l’année prochaine, une publication verra également le jour afin que le public puisse à nouveau admirer les œuvres par la suite.

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Associations mentales

Cette possibilité d’examiner calmement les œuvres de Jean Pattou n’est pas du luxe, car elles regorgent de détails intrigants. Son passé d’architecte et d’urbaniste se retrouve incontestablement dans son art, où il pousse le spectateur à réfléchir à la richesse architecturale et historique de nos villes. Ses œuvres contiennent en outre de nombreuses petites histoires savoureuses qui permettent d’entrevoir les associations mentales faites par l’artiste : « Je ne représente jamais tout à fait la réalité. J’en reste proche, mais cela m’amuse de raconter de temps en temps une petite histoire. Comme dans cette aquarelle que je réalise pour l’exposition, par exemple. Ici, on voit la Place de Lille à Tournai, celle juste avant la Grand-Place où se trouve la cathédrale. Sur cette place se dresse une statue qui me rappelle la Colonne de la Déesse sur la Grand-Place de Lille. Ensuite, je raconte sur la toile une histoire au sujet d’une “promenade” de ces deux statues. »

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Il réalise aussi quelques voyages avec une vue de Courtrai : on y voit les Tours du Broel et, sur les rives de la Lys, le château comtal – aujourd’hui disparu – dans toute sa splendeur. On y aperçoit aussi le Pont Napoléon de Lille, relié aux Tours du Broel par la rivière. En effet, Jean Pattou veut avant tout montrer les rapprochements entre les deux villes, leurs similitudes : « Je vois beaucoup plus de ressemblances que de différences. Non seulement dans l’architecture, mais aussi dans le mode de vie. Lorsque j’ai visité le musée du lin TEXTURE, par exemple, j’ai été étonné de voir comment cette industrie du lin s’est développée sur tout le cours de la Lys, de la France à la Belgique, pour devenir l’une des industries les plus importantes au monde. Cet héritage similaire est toujours visible dans notre région, des briques mêmes des bâtiments jusqu’à notre façon de travailler. »

Travail, voyage et plaisir

« Pour moi, Lille est presque une ville flamande. Quand les Parisiens viennent ici, ils ont l’impression d’arriver dans un autre pays. Je me sens autant chez moi en Belgique qu’à Lille. J’aime vivre ici, dans cette ville et dans cette région. J’ai voyagé et travaillé presque partout dans le monde, de New York à Hong Kong. C’est fantastique et ce sont de merveilleux souvenirs. Pourtant, je suis toujours content de rentrer chez moi. Mon épouse et moi avons tous les deux suivi une formation d’architecture à Paris, avant de venir habiter et travailler à Lille. Ça fera bientôt cinquante ans, cela nous convient toujours. Nous avons trouvé notre place ici. »

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Il s’avère que le travail est relatif. Ou plutôt : le travail, le voyage et le plaisir sont inextricablement liés dans l’univers de Jean Pattou : « Nous essayons toujours de combiner le plaisir de travailler et de voyager. Quand j’arrive dans une ville, je cherche les endroits qui me plaisent et je commence à dessiner. Ce qu’il y a à voir, l’atmosphère, les gens et l’architecture principalement, car c’est ma spécialité. Mais aussi les associations avec d’autres villes qui me viennent spontanément à l’esprit, et les histoires, l’histoire derrière les bâtiments. À partir de ces esquisses, je réalise ensuite dans mon atelier des aquarelles beaucoup plus détaillées, jusque dans les moindres détails. »

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Beauté et espoir

Il ne faut donc pas attendre de vastes paysages ou des portraits de l’architecte et urbaniste Jean Pattou. Mais bien des images intrigantes qui font que la ville dans laquelle on se promène tous les jours paraît soudain un peu différente et remarquablement moins ordinaire. Avec de jolies transitions, de petits détours et des clins d’œil à d’autres villes et attractions de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Ainsi, nous devenons tous automatiquement un peu plus Eurométropolitains.

Une exposition à ne pas manquer, donc. Si vous ne pouvez vous rendre à Lille en octobre, vous pourrez la visiter à Courtrai au printemps et à Tournai en novembre 2019. Après une revigorante introduction à l’univers merveilleux de l’artiste Jean Pattou, l’avenir sombre dépeint par la marche pour le climat est un peu moins déprimant : il reste encore de la beauté et de l’espoir sur notre planète !

www.jeanpattou.com

Texte: Conny Van Gheluwe