Le Grand Tour

Les Weppes : un circuit à vélo entre guerre et quiétude

Les villages des Weppes se situent à deux pas de la métropole lilloise. Ce n’est pas une région à laquelle on pense directement au moment de programmer un voyage. Pourtant, elle en vaut la peine ! Accompagnés des premiers rayons de soleil printaniers, nous enfourchons nos vélos et partons sillonner la région. Nous revenons les poumons remplis d’air frais et sain, et la tête pleine de récits de guerre. Les Weppes : une région où guerre et quiétude s’entremêlent.

No man’s land

C’est une région qui me fascine depuis un moment : un no man’s land situé entre la métropole animée de Lille et la vallée de la Lys française. Pendant la Première Guerre mondiale, ce secteur était véritablement un no man’s land, au sens premier du terme. Lors de notre balade à vélo, nous franchissons à plusieurs reprises la ligne de front entre l’armée allemande et les Alliés.

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Notre périple débute à Fromelles. Il y a un peu plus de cent ans, on était ici à mille lieues de la quiétude actuelle. À la mi-juillet 1916, une féroce bataille a fait rage sur ces terres entre les Allemands d’un côté et les forces britanniques et australiennes de l’autre. C’était d’ailleurs la première fois que l’armée de ce pays des antipodes était déployée dans ce conflit sanglant.

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Plus de 5 000 soldats ont perdu la vie lors de la bataille de Fromelles, principalement des Australiens et des Britanniques. Mais côté allemand aussi les pertes furent lourdes. La bataille est connue comme « les pires 24 heures de toute l’histoire de l’Australie ».

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Notre circuit de 36 kilomètres à vélo commence au Musée de la Bataille de Fromelles, un bâtiment en bois et en béton à moitié enfoui dans la colline. On peut tout y apprendre sur le conflit, mais aussi sur les fouilles archéologiques et l’histoire personnelle de plusieurs soldats.

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Mousquetaires à vélo

Les panneaux verts « Les Weppes » nous emmènent vers Herlies, un des petits villages qui jalonnent la route. Nous parcourons des routes asphaltées à travers un paysage vallonné. Nous jouissons d’une vue à des kilomètres à la ronde. Le calme qui règne n’est troublé que par les rares voitures qui nous dépassent. Juste avant Herlies, nous entrons dans un lotissement. Un panneau attire notre attention sur la valeur historique de l’endroit : D’Artagnan serait passé par ici en 1667 pour aller se battre contre les Espagnols. À l’époque, il conquit notamment les villes d’Armentières et de Lille. La promotion touristique en fait une belle histoire et signale que la réalité historique peut avoir été un peu mélangée avec l’imaginaire des histoires d’Alexandre Dumas. Peu importe, nous nous sentons comme des mousquetaires à vélo. Le fait que la route qui nous emmène vers l’ouest descende n’y est bien sûr pas étranger.

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« Les horreurs de la guerre »

Nous approchons de l’ancienne ligne de front de la Première Guerre mondiale et passons devant plusieurs cimetières militaires. Nous voyons d’abord le cimetière britannique d’Aubers, puis quelques bunkers envahis de lierre. Nous nous arrêtons à un mémorial australien. « Nous pensions en savoir long sur les horreurs de la guerre, mais nous n’étions que de nouvelles recrues et nous venions de recevoir toutes nos instructions en une journée. » Cette citation de R.A. McInnes nous hante tandis que nous regardons autour de nous. Cet endroit est désolé, dépouillé, perdu dans le paysage. Un peu de béton percé d’armatures en acier rappelle çà et là la bataille. Ils sont des milliers à avoir perdu la vie ici pour conquérir une bande de terre de 3,6 kilomètres. Une opération qui a en outre échoué, les Allemands parvenant à garder leur position.

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Un monument rend hommage aux soldats qui récupérèrent leurs camarades blessés sur le champ de bataille, ceux qu’on appelle les Cobbers. Beaucoup sont enterrés à cent mètres de là au V.C. Corner Cemetery, sous le gazon, le cimetière ne comportant aucune pierre tombale. En ces lieux reposent les dépouilles de soldats de différentes nationalités qui n’ont pas pu être identifiés.

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« Une région qui mérite la reconnaissance »

Le circuit fait une escapade hors de l’Eurométropole : nous quittons le Nord. Nous roulons quelques centaines de mètres dans le département du Pas-de-Calais et prenons la direction de Le Maisnil. En chemin, nous passons devant l’endroit où se trouvait jadis la Chartreuse de la Boutillerie : une magnifique église et une abbaye. Bâtie en 1618 par le maire de Lille, cette dernière était entourée d’un parc et de vergers, et offrait des centaines de mètres carrés d’espace de vie aux religieux. L’édifice fut en grande partie détruit pendant la Révolution française, avant que la Première Guerre mondiale ne vienne à bout de ce qui en restait. Aujourd’hui, seuls un bosquet et un petit monument marquent encore l’emplacement de ce qui était autrefois un lieu majestueux.  

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Nous pédalons à travers la plaine des Weppes et découvrons successivement Radinghem-en-Weppes, Ennetières-en-Weppes et Le Maisnil. À la fin du parcours, nous gravissons la colline au sud et traversons Fournes-en-Weppes. Dans le village, nous apercevons des boutiques et, le long de la nationale toute proche, quelques commerces de périphérie. Les panneaux indiquant l’Office de tourisme laissent présager de bons moments supplémentaires, mais une fois arrivés sur place, nous trouvons porte close. « Nous avons déménagé à Armentières », explique un mot affiché sur place.

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Selon La Voix du Nord, la fermeture a été une question d’argent : l’exploitation était trop coûteuse et une fusion était recommandée. Le nouveau bureau dessert toute la région à partir d’un seul endroit. « Le désir de tous, c’est que le territoire des Weppes continue à avoir la reconnaissance qu’il mérite », écrit le journal. Un souhait tout à fait légitime que nous appuyons bien volontiers.

Bart Noels


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