Le Grand Tour

De jeunes voyageurs explorent Lille, Tournai et Courtrai avec USE-IT

Les cartes USE-IT sont des cartes mises au point par de jeunes voyageurs et destinées à ce public cible. Elles comportent des endroits connus et moins connus. L’association lilloise Interphaz soutient le processus de création dans les différentes villes de l’Eurométropole. « Il s’agit d’une carte grâce à laquelle des locaux souhaitent présenter aux jeunes les plus beaux endroits de leur région », explique Lucie Dupont, chargée de projet. « Ce projet s’inscrit dans notre vision, qui est de construire la ville avec les citoyens. » Rencontre avec Lucie, Stéphanie et une association qui rassemble.

L’UNO’s Bar de Lille possède un comptoir en Lego. Cette même ville accueille également un Centre Culturel Libertaire. À Wazemmes, il est possible de jouer à la pétanque sur la place Casquette. Toutes ces informations insolites se trouvent sur la carte USE-IT de Lille. Celle-ci en est à sa troisième édition et la suivante est déjà en préparation. USE-IT est une organisation internationale à but non lucratif qui encourage la création de cartes alternatives pour les jeunes. Comme l’explique Lucie Dupont, qui est en charge du projet pour le compte d’Interphaz, il y a deux règles à respecter concernant les cartes : elles doivent être « non commerciales et disponibles gratuitement ».

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Elle a déjà commencé à travailler avec un groupe d’enthousiastes à Tournai et souhaite aussi s’attaquer à Courtrai. Un groupe s’y attelait déjà à la réalisation d’une carte alternative ; il s’agit donc désormais de relancer ce travail. Une tâche que le Courtraisien Brècht Soenen est heureux d’accomplir. C’est en effet comme cela que ça fonctionne : Interphaz travaille avec des voyageurs locaux.

Interphaz n’en est pas à son coup d’essai. L’association œuvre au développement urbain participatif et organise, par exemple, la Biennale de Cartographie, mais aussi le Festival des Voyageurs Alternatifs, qui a récemment attiré 500 visiteurs.

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À la barre d’Interphaz, sa fondatrice, Stéphanie Bost, qui est épaulée par quatre collaborateurs et une panoplie de free-lances et de bénévoles. Elle a fondé l’association il y a plus de dix ans, en mettant l’accent sur le travail en matière de biens communs et la recherche d’une autre forme de gouvernance. Elle travaillait alors en Roumanie, où elle a acquis un autre regard sur l’Occident. « J’ai toujours été fascinée par la façon dont nous pouvons mieux partager les ressources, comment nous pouvons développer des idées ensemble. Et surtout : comment nous pouvons renoncer à un modèle hiérarchique classique, travailler plus horizontalement et développer un leadership différent. Il y a de multiples façons d’acquérir de la légitimité. » En 2012, Stéphanie et son mari Sylvain Saudo ont entrepris un voyage à travers l’Europe en quête d’alternatives : « Sur la route des Utopies Réalistes ». « Ce périple m’a ouvert encore plus les yeux », affirme Stéphanie.

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Entre-temps, plusieurs de ses idées et intérêts sont devenus mainstream. Les organismes publics deviennent de plus en plus participatifs ; les citoyens ne sont pas considérés uniquement comme des clients, mais aussi comme des participants à part entière. « La place du citoyen a en effet changé en dix ans », approuve Stéphanie, qui reçoit souvent des demandes d’organismes publics. Avec Interphaz, elle ne s’oppose pas non plus aux pouvoirs publics, mais veut travailler de concert avec ces institutions. « Nous devons collaborer avec le monde politique ; à partir d’initiatives citoyennes, nous pouvons aussi apporter des choses et même les réaliser. C’est une question de dialogue, de respect mutuel, de partage des connaissances. » C’est précisément avec cette motivation qu’Interphaz œuvre au développement du territoire et aux communs : développer la ville ensemble. Interphaz se considère comme une interface, et rassembler est son leitmotiv.

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Et Interphaz le fait de bien des manières : travail éducatif, exposition consacrée aux biens communs ou travaux sur le thème de l’interculturalité. De nombreux formats sont créés, comme une Université Populaire et Permanente de la Jeunesse ou le Park(ing) Day, lors duquel les places de parking sont occupées l’espace d’une journée par des alternatives écologiques et sociales durables.

« Vivre la ville, s’enrichir humainement et participer », tels sont les trois piliers de notre travail. Stéphanie a encore bien d’autres rêves, même si elle se demande déjà qui pourra poursuivre les activités à plus long terme. « J’aimerais développer une Interphaz dans le sud du pays », dit-elle. Ou voir naître et grandir le projet Maison d’Europe et d’Ailleurs : une maison où les jeunes de toute l’Europe peuvent séjourner à moyen terme, un lieu de rencontre et de séjour, qui est aussi une vitrine pour l’Europe.

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Quelques jours après notre entretien à Lille, je revois Lucie, alors qu’elle vient attiser le feu au sein du réseau courtraisien en ce qui concerne la carte participative USE-IT. À Tournai, elle a déjà commencé à travailler avec 20 personnes. Elle espère qu’il en sera de même à Courtrai. « La carte USE-IT présente une région sous un angle tout à fait différent, avec humour et de manière pratique : tout ce qu’on veut vraiment savoir quand on est jeune. » Ce qui ne devait être qu’une première entrevue se transforme en rencontre intense. On se lance directement dans la réflexion, on plaisante, on rit. C’est contagieux. « Rendez-vous compte : nous aurons bientôt trois cartes des trois villes de l’Eurométropole, nous réunirions aussi les cartographes. » Les possibilités sont infinies quand les gens veulent faire les choses ensemble.

Bart Noels