Le Grand Tour

Stek : Fournisseur de chance et de goodwill

Cette fois-ci, Le Grand Tour s’arrête à Poperinge à l’asbl Stek. Et quel arrêt ! Stek est une ferme dans laquelle l’agriculture sert à soutenir les contacts sociaux, à briser l’isolement et à réunir le voisinage. Avec le vert dans toutes ses formes, un soleil assuré, un tout aussi sûr de lui coq chantant dans un coin de campagne délicieusement paisible et une hôtesse enthousiaste aux indéniables dons de conteuse. L’histoire se raconte d’elle-même et cela se sent : la sauce prend. Pas de grands mots ou spectacles, mais on se surprend presque à s’étonner de toutes les réalisations de l’asbl Stek. Et surtout : encore des tas d’idées pour l’avenir.

À côté du Helleketelbos à Poperinge, vous trouverez l’implantation de l’asbl Stek. Dès que vous entrez dans la cour, toute l’agitation semble s’envoler. C’est précisément ce que l’instigatrice Katrien Vanormelingen souhaite offrir à ses invités : le calme et la sérénité. Katrien a étudié les Sciences Familiales et a commencé à travailler dans le secteur social. Un travail qu’elle souhaitait absolument poursuivre, mais à sa propre manière, loin des sentiers battus. Sa sœur cadette a suivi une formation en agriculture biodynamique. Et comme on peut le voir, 1 + 1 a soudain fait plus que 2 : cela fait maintenant plus de cinq ans que les sœurs utilisent le « style fermier » pour réconcilier les gens en difficulté avec la nature et surtout avec eux-mêmes.

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« Je ne voulais pas abandonner, pour moi, c’était simplement le bon endroit. »

Cela semble simple mais la route ne fut pas de tout repos : « Nous avons créé l’asbl fin 2012. Nous n’avions alors pas de pied-à-terre. Un jour, j’ai vu que cette ferme était à vendre. Une superbe situation, avec beaucoup de terres et de nombreuses possibilités, même si la ferme était en mauvais état. Mais nous n’avions tout simplement pas l’argent pour l’acheter, encore moins la rénover. Tout le monde disait « Katrien, abandonne l’idée, tu trouveras bien quelque chose d’autre. » Mais je ne voulais pas abandonner, pour moi, c’était simplement le bon endroit. J’ai alors écrit un courrier au propriétaire et expliqué mes projets pour la ferme. Deux jours plus tard, je recevais un coup de fil et la proposition de prendre le bien en bail à ferme au lieu de l’acheter. »

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« Ici, tout tourne autour du bien-être. »

« Entretemps, la ferme a été classée par le Service de Conservation du Patrimoine de Flandre et le propriétaire a réalisé de nombreux travaux de rénovation. Ma sœur et moi nous nous attaquons au reste au fur et à mesure. Fien assume l’exploitation agricole, « Stoppel » et moi, nous nous chargeons de l’asbl. Nous avons eu beaucoup de chance. Vu que nous n’avons pas dû financer une grande acquisition, nous avons davantage de liberté pour nos projets. Tous ces projets tournent autour du bien-être. Nous collaborons avec des CPAS, le Service à la Jeunesse, le Tribunal de la Jeunesse de Bruges,… » Une partie de la thérapie est liée au fonctionnement de la ferme : « Ma sœur fournit les matières premières ; l’asbl Stek les transforme. Avec le lait, nous produisons du beurre, du fromage et du yoghourt. Nous récoltons des fruits tels que des pommes et des framboises, dont on fait ensuite du jus, etc. Nous le faisons autant que possible avec nos invités. Cela contribue à structurer leur journée et leur vie. »

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« Trois jours plus tard, l’argent était sur notre compte. »

En outre, les visiteurs bénéficient de la vie au grand air. Pour les enfants surtout, ce doit être le paradis sur terre : faire un feu de camp, construire un radeau, pêcher ou nager dans l’étang, laver les petits cochons ou apprécier la compagnie de la jument de trait Karolien (les tracteurs n’ont pas leur place ici) et de son inséparable compagnon Betje, le mouton. Tout est possible ici. Et depuis peu, un bus est même parqué sur la prairie : « C’est un ancien bus scolaire de Steenvoorde. Il se trouvait chez le ferrailleur. Le prix était de 1.000 euros, mais l’asbl n’avait pas les moyens de payer une telle somme. J’en ai parlé avec les voisins au Kaffé, avançant qu’un tel bus serait quand même génial pour les enfants. Et trois jours plus tard, l’argent était sur notre compte. Un de nos voisins ne partait pas en vacances cette année-là et il estimait que l’argent serait ainsi bien dépensé. »

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« Dès le premier jour, nous avons ouvert notre ferme au voisinage. »

Et voici de nouveau la litanie de la chance : « Nous avons déjà eu tant de chance. Même avec les terres autour de la ferme. Nous manquions de terres à proximité de l’exploitation pour nos vaches et un de nos voisins était prêt à échanger des terres avec le propriétaire de notre ferme, de sorte que ce problème a aussi trouvé une solution. »

Katrien semble dire qu’il s’agit purement de « chance » mais j’ai quelques doutes à ce sujet. Il me semble plutôt qu’il s’agit d’une bonne part de goodwill, qu’elle parvient toujours à susciter avec son enthousiasme et son engagement : « Nous avons ouvert notre ferme au voisinage dès le premier jour. Tous les samedis après-midis, tout le monde est le bienvenu dans notre Magasin Kaffé où nous vendons les produits de la ferme. Deux fois par an, nous organisons un Instant Kaffé. La grande grange et toute la cour s’ouvrent alors pour accueillir quelque 200 personnes, avec beaucoup de musique et d’ambiance. Il y a également les soirées Haute Culture au grenier. Des artistes et des thèmes que j’estime moi-même sources d’inspiration y bénéficient d’un podium. À présent, les gens viennent d’un peu partout à nos activités, même d’Outre-Quiévrain. C’est chouette à voir. Cela nous permet de ne pas être isolés et les gens savent ce que nous faisons. »

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« Les demandes d’encadrement affluent. »

Il n’est pourtant pas évident de trouver des moyens : « Les demandes d’encadrement de jeunes et d’adultes présentant des problèmes de comportement affluent vraiment de tous côtés. Grâce au financement européen, nous avons pu élaborer un trajet intense pendant trois ans, mais cela arrive maintenant à terme. Je souhaite en tous cas poursuivre l’encadrement des enfants. Et je souhaite encore faire davantage d’encadrement familial : travailler avec des jeunes, leurs parents et l’entourage. Nous proposons des soins payants à qui peut se le permettre mais avec l’asbl, nous continuons en outre à rechercher des moyens pour ceux qui ont besoin d’aide sans en avoir les moyens. »

À cela s’ajoutent également les rêves d’étendre le fonctionnement de la ferme : « Nous aimerions aussi restaurer l’ancienne boulangerie et le four. Nous pourrions alors nous remettre à cultiver des céréales et les utiliser pour les produits de la boulangerie. Mais si nous voulons y parvenir, nous avons besoin de davantage de personnes qui désirent participer à notre histoire. Cela restera donc peut-être un rêve. »

Quoique. Quand on voit la croissance de l’asbl Stek ces dernières années, ce rêve deviendra peut-être plus rapidement réalité que prévu avec un peu de bonne volonté. Par la présente, l’appel est en tous cas dûment lancé. Ceux que ne rebute pas le travail physique qui porte littéralement ses fruits et qui souhaitent également rendre le monde un peu meilleur : une seule adresse, l’asbl Stek à Poperinge. On y crée chaque jour et en toute humilité une part de bonheur. Pour ceux qui rencontrent des difficultés et pour ceux qui souhaitent à nouveau comprendre la simplicité de la vie.

Conny Van Gheluwe

Plus d’infos : www.stekvzw.be , www.stoppel.be