Le Grand Tour

Lasemo : le plus durable des festivals

Lasemo, un festival qui met les 5 sens en émoi : des sons et des accords venus des scènes du château ou de la Tour, de la guinguette et du troquet avec Charlie Winston, Stef Kamil Carlens (dEUs) ou les Négresses Verts, des couleurs étourdissantes déployées par la Cie des Plumés, les jungle five ou Bapo le claxonneur, des odeurs alléchantes équi s’échappent de la caravane des saveurs ou du marché des producteurs et qui enchantent les papilles, le toucher stimulé par les massages, le spa et le pays des merveilles pour les petits. Lasemo est une expérience totale qui se démarque aussi par son côté durable.

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Une bande de potes et des valeurs fortes

Tout a commencé en 2008 avec un groupe de jeunes étudiants branchés développement durable et armés de leur seul enthousiasme  « mais à l’époque, cette notion était un peu considérée comme de la privation, de l’austérité et les événements en général étaient vus comme des lieux de débauche, de déchets, une catastrophe au niveau environnemental» raconte Samuel Chappel, l’un des fondateurs du Lasemo et actuel directeur « et donc on s’est dit qu’on essaierait de montrer qu’à la fois c’est possible de faire la fête autrement et d’associer au développement durable un moment festif avec les trois enjeux fondamentaux : sociaux, environnementaux et économiques, de les célébrer plutôt que les subir sans être des donneurs de leçon »

Et aux piliers du développement durable, ces amis ont ajouté la dimension de la rencontre intergénérationnelle dans un esprit positif et festif, la sphère culturelle sans laquelle il n’y a pas d’avenir humain ni de durabilité et la démarche participative. 

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D’Hotton à Enghien : la petite graine s’épanouit

Saviez-vous que Lasemo signifie graine en Esperanto ? Le premier festival bourgeonne en 2008 à Hotton en province de Luxembourg et accueille 4500 festivaliers. Sa réputation et sa démarche originale essaiment et l’événement atteint, trois ans plus tard, 20.000 entrées. En 2013, trop à l’étroit, Lasemo arrive dans le cadre exceptionnel du Parc d’Enghien, patrimoine majeur de Wallonie, où il se déploie et fait grimper la fréquentation qui a pratiquement doublé. 

Le festival devient une expérience de plus en plus riche pour le public plongé dans des ambiances différentes, nichées aux 4 coins du parc, avec des découvertes musicales belges et internationales, des expressions artistiques diversifiées : cirque, théâtre de rue, du cabaret, du conte. Lasemo prouve aussi en privilégiant depuis longtemps les gobelets réutilisables et les toilettes sèches, la réduction et le tri des déchets, la mobilité douce ou l’alimentation durable qu’un événement de son ampleur peut respecter l’environnement.

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La reconnaissance via deux précieux labels 

« Nous avons obtenu deux labels que nous sommes les seuls à avoir en Belgique en tant que festival : le label Iso 20121, crée dans le cadre des Jeux Olympiques de Londres, qui récompense le management de l’événement c’est-à-dire qu’à chaque étape de l’organisation, nous nous posons la bonne question par rapport aux enjeux du développement durable » explique Samuel « le deuxième label, c’est le Green Key qui concerne plus les lieux touristiques au départ mais qu’en tant que festival nous avons été les premiers et les seuls au monde à avoir obtenu, dès l’année prochaine d’autres festivals pourront y prétendre. Le Green Key est complémentaire à l’autre label puisqu’il valorise des mesures concrètes mises en place. Ça signifie qu’on s’est posé les bonnes questions( ISO 20121) et qu’on a apporté les bonnes réponses (Green Key) »

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De France et de Flandre 

« On a effectivement un public qui se déplace, c’est une des grandes forces de Lasemo, il vient de Wallonie Picarde, Bruxelles, Liège, Namur, de Lille avec un public français qui s’accroît d’année en année et dont les retours sont extraordinaires. A Lasemo, ils se retrouvent dans cet esprit de fête propre à la Belgique. Nous avons aussi des spectateurs flamands malgré le peu de communication vers cette région parce qu’on souhaite les accueillir dans leur langue et que nous ne sommes pas encore tout à fait au point » détaille Samuel Chappel 

Pour la programmation, l’équipe met en avant des talents locaux et internationaux, belges et français. En 2015 : Bénabar, Cali ou Arno. En 2016, parmi les têtes d’affiche : Tryo, Mickey 3D ou Mustii. En 2017, le public a pu voir sur scène Daan, Hooverphonic, Fatals Picards, Bali Murphy et l’an dernier Ozark Henry, Cœur de Pirate ou encore Typh Barrow. Des artistes généreux avec le public.

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Des nouveautés en 2019

« Nous créons cette année un nouveau lieu : la librairie-papoterie avec des bouquins consacrés au zéro déchet ou à l’alimentation durable et des conférences, 8 au total, le samedi et le dimanche, avec des personnalités inspirantes : Béa Johnson, fondatrice du mouvement zéro déchet, Sang Hoon Degeimbre, chef étoilé de « l’Air du Temps » qui parlera de gastronomie durable, l’architecte et scénariste de bande dessinée qui expliquera en quoi consiste une cité végétale, Vincent Flibustier, fondateur du site parodique Nord Presse qui décodera les fake news ou encore un jeune couple qui a fait du woofing à la découverte d’autres modes de vie pendant un an au Canada, Delphine Casimir et Quentin Carbonnelle » s’enthousiasme Samuel Chappel.

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Lasemo, des visionnaires ?

Si aujourd’hui, nombreux sont ceux qui utilisent les mots « développement durable », il y a 11 ans, lorsque le festival est né, il en était un peu moins question. 

« C’est dans l’air du temps aujourd’hui mais en 2008, on nous regardait avec des yeux ronds quand on proposait des gobelets réutilisables, tout le secteur nous a pris pour des fous furieux et aujourd’hui c’est quasi généralisé et c’est super. ça aura pris du temps mais on y arrive, idem pour les toilettes sèches, le travail sur la mobilité et de l’alimentation. 

Quand on a commencé avec les foodtrucks, certains nous ont dit vous êtes fous, les gens veulent de frites et des burgers et on a dit « non, nous on veut proposer de la qualité, mettre en avant le travail d’artisans » et donc oui il y a des tas d’éléments pour lesquels Lasemo a été pionnier ou l’est encore mais notre but n’est bien sûr pas de rester seul sur notre île à nous préoccuper du durable, notre but c’est de changer les choses, d’aider le public à modifier son comportement et d’inspirer le secteur événementiel. On a l’impression qu’on remplit bien notre job à ce niveau là même si il reste encore énormément de travail » conclut modestement le directeur du festival, Samuel Chappel avec un grand sourire. 

Et puis ne dit-on pas que les visionnaires se soucient plus de l’avenir des autres que du leur ? Lasemo contribue résolument à un changement positif.

Aniko Ozorai 

 

Lasemo 

  • Les 12,13 et 14 juillet au Parc d’Enghien 
  • Le programme sur www.lasemo.be