Le Grand Tour

Co-Construire : « Tout le monde peut prendre part aux décisions »

Notre mode d’exploitation de la planète et d’organisation humaine atteint ses limites. Mais si nous prenons les choses en main et que nous comptons les uns sur les autres, nous pouvons changer les choses. Telle était l’idée de départ de Co-construire, un festival né à Tournai il y a deux ans, où les gens apprennent les uns des autres. « Tout le monde dispose de moyens, tout le monde a des décisions à prendre. Là où c’est possible, nous pouvons décider nous-mêmes. Tout le monde peut prendre part aux décisions », explique l’un des initiateurs, Gatien Bataille.

Trois jours durant, l’école d’architecture Saint-Luc de Tournai était en effervescence. Pendant l’année, les étudiants s’y cassent la tête pour trouver comment ériger des bâtiments intéressants. Fin août, ce sont une centaine d’adultes, Wallons et Français, qui ont réfléchi à la manière dont ils pourraient rebâtir la société, ou du moins la partie qu’ils peuvent aborder autrement.

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« Tout le monde a la possibilité d’aborder les choses différemment », affirme Gatien Bataille. Il travaille depuis des années avec des groupes, et à chaque fois, il est surpris de l’inventivité dont les gens peuvent faire preuve lorsqu’ils collaborent. « Cela ne veut pas dire que nous devons toujours nous tourner vers l’autre. Nous pouvons aussi prendre des décisions. Comment interagissez-vous à la maison, au travail, dans votre cercle d’amis ? Il y a tant d’opportunités de faire autrement. »

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Co-Construire met l’« intelligence collective » au premier plan. Pour cela, le festival fait appel à des orateurs, mais aussi et surtout à des ateliers pour encourager la participation. Comment lancer une dynamique de groupe ? Comment prendre la parole au sein d’un groupe ? Comment faire en sorte que tout un groupe puisse prendre des décisions sur des questions complexes ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions qui sont posées. 

Co-Construire ressemble à un festival alternatif, mais la réalité est tout autre. La co-création et la participation tendent à se généraliser. Depuis quelques temps, les pouvoirs publics et les organisations s’intéressent beaucoup plus aux méthodes employées pour prendre des décisions, impliquer les gens et susciter l’adhésion. Attention : Co-Construire vise une participation sincère, et non pas une « facipulation », où la participation n’est qu’une manière de susciter l’adhésion à une politique déjà décidée. 

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Le besoin de parvenir à une collaboration sincère et d’élaborer ensemble des solutions se fait de plus en plus pressant. Pourtant, nous ne ressentons pas cette urgence. « C’est comme pour une voiture », explique le philosophe Pascal Chabot : « ce n’est que lorsqu’elle est en panne que nous voulons la réparer. Sinon, nous n’irons pas soulever le capot du moteur. De plus en plus de gens ont toutefois le sentiment que nous devons agir différemment en ce qui concerne notre société. Et il est vrai que nous devons investir dans l’enseignement et la culture. Mais ce n’est que lorsque quelque chose ne fonctionne plus que nous pouvons saisir l’opportunité de nous y prendre autrement. Le monde est complexe. Et une plus grande prise de conscience mène à la liberté et au changement. En même temps, nous devons faire preuve de modestie. »

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Cette modestie est également présente chez Gatien Bataille. Co-Construire n’est pas là pour changer le monde en un jour : « Cela faisait un moment que j’échangeais des méthodes, mais je ne trouvais pas le forum adéquat. Nous disposons désormais de ce forum à Tournai. Les gens viennent ici de la région au sens large, pour apprendre et partager durant trois jours. » 

Cet apprentissage se fait de façon assez radicale : Co-Construire n’est pas un festival auquel on assiste en tant que simple spectateur. Les participants doivent le développer eux-mêmes en se montrant très actifs. Ce n’est pas le festival de l’organisateur, mais celui du participant. « À présent, Co-Construire vous appartient », a-t-on pu entendre le premier jour. Ce qui a amené un certain nombre de participants à quitter la salle. La participation exige en effet une certaine dose d’engagement. Quoique… Co-Construire est aussi un événement agréable, comme en atteste la consommation de boissons. En 2017, les participants ont vidé 3,5 fûts de bière ; cette année, ils en ont bu 7. 

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« Ce n’est pas seulement l’échange de méthodes qui nous intéresse », retiendra-t-on à l’heure des conclusions, « nous nous demandons de plus en plus : à quelle fin, pourquoi ? » Ce qui nous ramène à l’ordre du jour thématique de Co-Construire : réaménager la société en pensant davantage à l’homme et à la terre. « Rêvons un peu. Nous sommes en 2050 : les problèmes de déchets et de famine ont disparu, le monde est devenu plus juste et plus résistant au changement climatique. » 

« Co-Construire est un festival où les gens partagent des connaissances », explique Gatien Bataille, « mais nous voyons aussi de plus en plus de changements sur le terrain. Il y a de plus en plus de bons exemples. » Le processus décisionnel classique en devient-il superflu ? « Non, nous avons toujours besoin de personnalités politiques. Mais elles ne doivent pas tout savoir et tout décider. Un bon élu est un facilitateur qui utilise l’intelligence collective. Car il n’y a pas de meilleurs experts dans le quartier que les habitants eux-mêmes. »

Bart Noels

www.co-construire.be