Le Grand Tour

Refu Interim : le volontariat comme tremplin pour les nouveaux arrivants.

Tout au long de la semaine, deux volontaires recrutés par Refu Interim travaillent au montage d’une nouvelle exposition au Kunstencentrum Buda à Courtrai. Awet et Othman montrent avec beaucoup d’enthousiasme ce qu’ils ont réalisé ce jour-là. Faire réellement partie de la société, connaître de nouvelles personnes et pratiquer le néerlandais : telles étaient les motivations qui ont poussé Awet, un jeune homme en provenance d’Érythrée, à rejoindre Refu Interim. 

Refu Interim est née il y a trois ans, suite à une initiative de CirQ asbl qui, dans le cadre des fêtes gantoises, a fait intervenir 70 nouveaux arrivants comme volontaires avec le slogan « La pitrerie comme levier d’intégration ». Depuis le mois de mars, Refu est également active à Courtrai. En mai, son champ d’action s’est étendu à Ménin, où elle poursuit ses activités depuis le centre d’accueil pour demandeurs d’asile de la Croix-Rouge. 

Malgré son appellation, Refu Interim n’est pas une agence intérim comme les autres, mais elle fonctionne suivant la même logique.  Chaque jour, elle tente de mettre en relation des nouveaux arrivants (au sens large du terme) avec des organisations en quête de bénévoles. « Chez Refu, nous misons vraiment sur les talents », indique Fie Velghe, coordinatrice pour la Flandre occidentale. « Nous ne voulons pas seulement offrir de la main-d’œuvre bon marché, nous tentons également de préparer nos bénévoles au marché de l’emploi. » Pour de nombreux nouveaux arrivants, il n’est pas évident de trouver un travail et de se construire une vie sociale. Refu tente de les soutenir dans ces démarches, entre autres en leur enseignant des compétences pratiques au travers d’ateliers tels que « Comment tirer une bonne bière ? », mais les aide aussi à se constituer un réseau et à acquérir de l’expérience. « Bon nombre de volontaires ont un cv trop léger pour pouvoir postuler chez un employeur », explique Fie, « Refu peut donc constituer leur première référence. Plus nous misons sur les compétences, plus l’expérience est précieuse pour eux. » 

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Mais Refu va plus loin qu’une simple expérience professionnelle. « J’ai fait ma demande d’asile il y a un an », raconte Othman, « mais je ne suis pas du tout certain de pouvoir rester. Je ne veux pas me contenter d’attendre à la maison, assis sur mon canapé, je veux faire partie de tout ce qui m’entoure. » Refu Interim Kortrijk compte au total 90 bénévoles inscrits venant de 24 pays différents. Ceux-ci ont assuré 713 journées ou shifts de travail volontaire au cours des 6 derniers mois. La demande émane surtout d’organisations du secteur culturel, mais de nombreuses organisations sociales ou sportives font également appel aux bénévoles. Othman a déjà accompli une vingtaine de missions grâce à Refu. La collaboration constitue pour lui un atout majeur : « Grâce à Refu, j’ai l’occasion de parler à de nombreuses personnes, ce qui est très important pour moi. » C’est également l’une des conditions que Refu impose aux organisations. Les volontaires qu’ils envoient doivent collaborer avec d’autres bénévoles ou travailleurs au cours des missions. « De cette manière, ils peuvent se construire un réseau et pratiquer leur néerlandais. Autrement, cela aurait peu d’intérêt », explique Fie. 

La collaboration offre également des possibilités intéressantes aux organisations qui ont recours aux bénévoles de Refu : « L’une de nos plus grandes richesses est d’avoir accès à un groupe très varié de personnes aux talents très divers. Il peut s’agir d’un joueur de ukulélé, d’un menuisier ou d’un coiffeur, ou encore d’une personne capable de faire des décorations au henné. » Awet a étudié l’ingénierie civile en Érythrée, mais n’a pas pu terminer ses études. Pour l’instant, il ne peut donc pas exercer dans son domaine, mais il est très habile et cela lui sert dans les missions que Refu lui confie. Othman a également fait des études supérieures. Il a étudié le droit en Algérie. Ils n’ont pas encore réussi à trouver du travail pour diverses raisons, dont le caractère incertain de leur séjour et les cours intensifs en néerlandais. Ils envisagent cependant leur avenir ici avec optimisme. Refu constitue d’ailleurs une première étape importante pour eux. 

 « Nous avons également reçu plusieurs demandes de la part de partenaires au-delà de la frontière », raconte Fie, « mais ce n’est pas si simple. » Ceux qui se trouvent encore en procédure d’asile ne peuvent pas passer la frontière par exemple. « De plus, l’une des principales demandes de nos volontaires est de pouvoir pratiquer leur néerlandais, ce qui rend une mission de l’autre côté de la frontière moins attrayante, mais la demande des partenaires tels que le festival NEXT est bien présente. »

Refu interim

 « Après 3 ans, il est temps de nous pencher sur ce que nous avons déjà accompli et sur ce que nous voulons encore réaliser en tant qu’organisation », indique Fie. Refu a déjà de nombreux projets d’envergure à son actif, comme ManiFiesta à Bredene, où ont travaillé une centaine de bénévoles venant de toutes les régions, mais elle assure également beaucoup de petites missions, comme ici chez Buda asbl. À l’avenir, l’organisation souhaite mettre davantage l’accent sur l’encadrement. Refu voudrait renforcer sa position en tant que partenaire reconnu et être une référence pour ses bénévoles. « Après avoir passé un mois avec un bénévole, je peux vraiment certifier à un employeur qu’il embauchera un travailleur formidable. Nous souhaitons continuer à développer cet aspect », précise Fie. Par ailleurs, Refu souhaite continuer à initier des collaborations avec d’autres organisations, apprendre à gérer la diversité et proposer des activités bénévoles variées. « Parfois, les bénévoles de Refu sont les premiers nouveaux arrivants avec lesquels d’autres bénévoles ont une vraie conversation », raconte Fie, « les dynamiques qui émergent, par exemple lors d’une soirée derrière le bar, sont si belles à voir ». Ces moments chaleureux sont la raison d’être de l’agence. 

Margot Vanmarcke


En Flandre occidentale, Refu Interim est financée par la Province de Flandre occidentale, ainsi que par les villes de Courtrai et d’Ostende. Les activités au centre d’accueil de la Croix-Rouge de Menin sont soutenues par Fedasil.   

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