Le Grand Tour

408km – étape 3 : Ruiselede – Enghien

À la fin du Grand Tour, nous suivons la ligne frontalière de l'Eurométropole, une escapade de 408 kilomètres. D’Armentières à Ruiselede, d’Enghien à La Bassée, à la recherche des histoires nées dans la périphérie de notre région frontalière. Au cours de cette étape, nous partons de Ruiselede en direction du sud de la province de Flandre occidentale, où nous traversons la frontière régionale pour arriver en Wallonie picarde. Là, nous longeons la frontière linguistique jusqu’à Enghien.

Tournée générale (1)

En balade

Sillonner les routes à travers le centre de la Flandre occidentale est à la fois surprenant et désespérant : surprenant en raison des magnifiques prairies vertes qui apparaissent soudainement, mais désespérant, car la plupart du temps, peu importe où vous regardez, vous verrez toujours un immeuble, un panneau publicitaire, ou une usine, dispersés partout. 

Avaler les kilomètres en Flandre offre ce type de paysage :

  • Garages
  • Développement linéaire
  • Annexes
  • Serres
  • Maisons de luxe
  • Villas avec statue de lion
  • Distributeurs de pommes de terre
  • Maisons avec grange
  • Salons de beauté
  • Affiches de fête
  • Écuries
  • Appartements
  • Barrières et panneaux en bois

Kanegem

Kanegem est une heureuse exception à cet aménagement désordonné du territoire. Le village possède encore un centre, plutôt que des maisons alignées dans l’espace ouvert.

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Briek Schotte, surnommé L’Homme de Fer, est né ici. Ce coureur cycliste belge a remporté le Tour des Flandres à deux reprises et a été champion du monde en 1948 et en 1950. La statue devant l’église remarquable de Kanegem « de kathedraal van te lande » caractérise l’homme : déterminé, cambré, les pieds sur les pédales. Souffrir, voilà ce que fait un vrai « flandrien ».

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Le cimetière américain de Waregem

Le cimetière américain de Flandre est l’unique cimetière américain en Belgique où reposent des soldats de la Première Guerre mondiale. Les soldats des États-Unis ne se joignirent aux combats de la Première Guerre mondiale que tardivement, en 1917.

Ce cimetière compte 368 tombes, à l’endroit même où le dernier combat de la Première Guerre fut livré, une bataille menée jusqu’au jour de l’Armistice. La plupart des combattants ont péri dans les bois de Spitaalsbossen situés non loin de là. Le président Obama a visité le cimetière il y a quelques années. 

Anzegem

En 2014, les flammes ont eu raison du toit de l’église d’Anzegem. Le feu n’a pas été éteint. Seuls les murs, la tour et la sacristie ont résisté. La base de cette église date du treizième siècle. Depuis le drame, le bâtiment se dresse sans toit au cœur de la commune.

Quelques kilomètres plus loin à Bossuit (Avelgem) se trouve également une église sans toit, mais les flammes n’en sont pas responsables. Il s’agit d’une intervention artistique. L’artiste Ellen Harvey a transformé une ruine en monument.

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Amougies

Je traverse l’Escaut et me retrouve en Wallonie picarde. Je passe souvent ici à vélo et je suis toujours frappé par le fait que la traversée de la frontière ne se limite pas à un changement de décor : de ce côté, les habitants vous saluent systématiquement lorsque vous les croisez. 

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Très peu de « bonjour » aujourd’hui, cela dit. Amougies est silencieuse ; à part quelques promeneurs occasionnels et une voiture de temps en temps, le village semble endormi.

Du 24 au 28 octobre 1969, l’ambiance était tout autre : un festival accueillait des amoureux de la musique venant de tout le pays. À l’affiche : Frank Zappa, Pink Floyd, Captain Beefheart et Yes. Le Woodstock d’Amougies.


 

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À quelques kilomètres du site ayant accueilli le festival se trouve désormais une zone naturelle : Le Vivier.


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Amougies se trouve au pied du Mont-de-l’Enclus, où nous avions réalisé le premier reportage du Grand Tour, avec le musicien Joachim Wannyn. 

Ellezelles

À travers les monts du Pays des Collines, je me hâte vers Ellezelles : le village des sorcières. Une invention intelligente de Jacques Vandewattyne, un sculpteur, peintre et écrivain local. Il s’est servi d’un morceau d’histoire pour attirer l’attention sur sa région, d’abord pour plaisanter, mais depuis, l’histoire des sorcières est devenue la caractéristique du village. 

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En 1610, des sorcières furent brûlées à cet endroit. Depuis, on y organise des balades, des sabbats et des fêtes de sorcières. Il y a même une bière des sorcières ! Je me promène dans la Brasserie des Légendes, tout en haut d’une colline offrant un panorama sur le village. Le plus célèbre de leur breuvage s’appelle Quintine, le nom de la sorcière de 38 ans qui fut brûlée en 1610. Ils brassent également de la Goliath, en référence au nom de l’un des géants d’Ath. 

Flobecq

Intrigué par une histoire de Notélé, la chaîne de télévision locale, je me dirige ensuite vers Flobecq. Dans les bois se trouverait un pylône grâce auquel des informations cruciales circuleraient entre le centre financier de Londres et celui de Francfort. Fier comme un paon, je trouve le pylône et prends quelques clichés.

Ce n’est qu’une fois la nuit tombée que je me rends compte que j’ai photographié le mauvais pylône. Celui que vous pouvez voir sur les photos ci-dessus est voué à un tout autre objectif : envoyer des signaux radio numériques en Flandre. Grâce à une tour située sur le territoire wallon, les Flamands peuvent écouter la radio en DAB à Renaix et à Grammont. 

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Lessines

Sur la place de Lessines, je suis salué par René Magritte, le peintre surréaliste à qui est dédié un musée bruxellois.

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Toutefois, je ne suis pas ici pour Magritte, mais pour l’Hôpital Notre-Dame à la Rose. Jusqu’à il y a quelques décennies, ce lieu était encore un hôpital, mais entre-temps il est devenu un musée consacré à l’histoire religieuse et médicale. 

Je me glisse dans une visite guidée et reçois des explications à propos d’un type de casque équipé de vis qui servait pour des traitements psychiatriques. Les patients ne trouvaient pas cela très agréable et l’inconfort leur faisait secouer la tête. C’est ainsi que le casque perdait parfois ses vis. D’où l’expression… 

Il s’agit d’un musée fascinant. Le bâtiment est une attraction en soi, tandis que les collections montrent à quel point la science médicale s’est sophistiquée depuis. Quel héritage exceptionnel !

Enghien

J’avais souvent entendu parler du parc d’Enghien. Les publicités touristiques me paraissaient toujours trop belles pour être vraies, mais lorsque j’ai pénétré dans le domaine à la fin de cette étape, je ne pouvais qu’être impressionné par ce mi-bois, en plein centre-ville, avec un château, des plans d’eau, un pavillon en hauteur et des allées majestueuses. 

Au dix-septième siècle, le Parc d’Enghien était considéré comme l’un des plus beaux d’Europe. L’artiste Romeyn de Hooghe dessina le parc aux alentours de 1680. 

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Aujourd’hui, il a un peu perdu de sa splendeur d’antan, mais les espaces restent impressionnants. À nouveau : quel héritage exceptionnel !

Pour la prochaine étape, nous traverserons le sud de la Wallonie picarde jusqu’à la frontière franco-belge.