Le Grand Tour

Vin de l’Eurométropole : « Le Heuvelland est prédestiné à produire des bulles »

La Belgique est en train de se faire une place parmi les grands pays viticoles. Le réchauffement climatique permet de produire des vins belges de qualité. L’Eurométropole possède encore d’autres atouts. « Le paysage vallonné du Heuvelland garantit un bon drainage naturel et donc un sol sec. En ajoutant l'ensoleillement, le sol qui se réchauffe vite et la proximité de la mer, nous avons un microclimat propice au mûrissement des raisins », explique Martin Bacquaert, le vigneron du domaine viticole Entre-Deux-Monts à Westouter.

La cueillette a débuté tôt cette année, signe d’un été très chaud, mais comme Martin Bacquaert cultive six variétés de raisins ayant différents temps de maturation, les vendanges se sont étalées sur une longue période. « La pluie a joué les trouble-fête, mais n’a pas nui aux raisins, dont la qualité se joue les mois qui précèdent. Les excellents étés de ces deux dernières années ont permis une maturation optimale des raisins. La récolte de 2018 a été abondante. Ce n’est pas le cas cette année, ce qui donnera probablement des vins plus concentrés, mais il est encore trop tôt pour se prononcer. » Le Pinot 2018 d’Entre-Deux-Monts vient de remporter un prix d’honneur dans le Wijnkoopgids 2020 de Frank Van der Auwera. 

Deux étés chauds et des raisins qui peuvent être récoltés à maturité, le réchauffement climatique est-il bénéfique à la viticulture dans notre pays ?

 « Nous ne devons pas nous laisser aveugler par les deux derniers étés, le réchauffement climatique donnera d’autres années chaudes, mais aussi des vagues de froid. Nous aurons du gel au printemps, des sécheresses, du vent, de la pluie, mais je pense que les pays viticoles traditionnels seront plus durement touchés que nous. Cet été, des vignobles ont déjà brûlé dans le Sud de la France. Une caractéristique du Heuvelland est la mer toute proche ; elle a un effet tampon, modérateur. L’été chez nous est un peu moins chaud, mais le printemps est aussi un peu moins froid, ce qui réduit le risque de gel printanier. Ce qui prédestine le Heuvelland, une appellation d’origine protégée, à produire des bulles, du vin mousseux. Avec le réchauffement, nous constatons que nous pouvons déjà réduire le dosage (l’ajout de sucre) de 8 ou 9 à 4 ou 5 grammes. Et bientôt, je pourrai peut-être produire un Wiscoutre dosage zéro. Pour le vin rouge, c’est différent. Je ne pense pas que nous pouvons égaler la qualité des meilleurs vins français. Les différences d’une année à l’autre seront encore plus marquées pour le rouge que pour le blanc. »

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La région du Heuvelland a aussi le bon sous-sol.

 « C’est exact. Le sol sablo-limoneux, le grès de fer et le silex accélèrent le réchauffement en surface et l’écoulement des eaux. Le grès ferrugineux distien se trouve aussi dans le Hageland, les Ardennes flamandes et le Tournaisis. Si vous descendez vers Mons, vous trouvez de la pierre calcaire comparable à celle de la Champagne. La composition idéale du sol, l’inclinaison et la proximité de la mer donnent des vins d’une grande fraîcheur. Des vins frais, aromatiques et élégants. Des vins pas trop alcoolisés, très prisés par les consommateurs d’aujourd’hui. »

Est-il possible d’être viticulteur / producteur de vin à temps plein en Belgique ?   

Ce n’est pas facile. Il ne faut pas oublier que la Belgique n’a pas de tradition viticole. Nous appartenons tous à la première génération de vignerons belges, ce qui signifie que nous devons tout investir nous-mêmes. Dans les pays viticoles classiques, les domaines viticoles se transmettent généralement de génération en génération, ce qui fait une grande différence. J’ai cette chance qu’Entre-Deux-Monts est aussi une histoire générationnelle. Mon grand-père possédait le terrain idéal dans le Heuvelland et encouragé par mon père, qui était négociant en vins à Vlamertinge et passionné par son métier, je me suis lancé en 2005. Le domaine de 3 hectares s’est développé et en compte 18 aujourd’hui. » Martin Bacquaert a fourni lui-même le savoir-faire. Il a un diplôme de bio-ingénieur et après avoir fait les vendanges en France un été, il a suivi des spécialisations en œnologie, entre autres à Montpellier et Bordeaux. « L’importance des investissements, la TVA et les impôts font que vous trouverez rarement un vin belge de moins de 10 euros. Beaucoup de producteurs de vin doivent avoir un autre métier en parallèle et la plupart des domaines viticoles jouent la carte de l’œnotourisme. Entre-Deux-Monts mise sur sa belle situation entre le Mont Rouge et le Mont Noir en proposant une ‘Walk & Talk route’, un circuit de 5,8 km à travers les vignobles jalonné de panneaux d’information. » 

5 Copyright Westtoer © Jan D’Hondt 2018

Ces panneaux très instructifs renseignent sur les efforts du domaine en termes de durabilité. « Il ne faut pas confondre biologique et durable. Ce n’est pas tout noir ou tout blanc. La viticulture biologique utilise du cuivre, mais nous y renonçons car il s’agit d’un métal lourd qui n’est pas dégradable. Nous pratiquons une viticulture durable et raisonnée. Nous avons pris un tas de mesures pour réduire notre empreinte écologique au minimum : l’enherbement pour prévenir l’érosion, la plantation de 5 km de haies et de rangées d’arbres locaux pour favoriser la biodiversité, l’usage des herbicides réduit au strict minimum, l’installation de panneaux photovoltaïques… »

Plus d’infos sur : www.entre-deux-monts.be

Lieven Vanmarcke